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Idée reçue:

L’augmentation des cancers de la

thyroïde, en France, date de Tchernobyl.

Gama camera (c Maria-Rantanen)Camera utilisée pour des scintigraphies                                                                                                         (© richmond-news.com Maria-Rantanen)

 La thyroïde, qu’est-ce que c’est ?

C’est une glande située superficiellement à la face antérieure du cou chez l’être humain. Elle secrète différentes hormones qui régulent de nombreuses fonctions métaboliques. La formation de ces hormones nécessite de l’iode (sous forme iodure) qui est capté par l’organisme et stocké dans la colloïde centrale de la thyroïde. L’excès ou la carence d’iode peuvent amener de nombreux troubles métaboliques.

Quel rapport entre la thyroïde et le nucléaire ?

La désintégration de l’uranium pour produire de la chaleur puis de l’électricité dans les réacteurs nucléaires génère de nombreux produits de fission radioactifs, dont des isotopes gazeux de l’iode. L’un des plus actifs est l’isotope 131 dont la période est de l’ordre de 8 jours. Lors d’un accident comme celui de Tchernobyl, de l’iode radioactif peut s’échapper, être inhalé ou ingéré et aller se fixer sur la thyroïde. La radioactivité de l’iode ainsi fixé lèse la thyroïde et peut provoquer un cancer. Si la thyroïde est déjà saturée en iode stable, elle ne peut plus fixer d’iode radioactif, d’où la distribution en cas d’accident de pastilles d’iode stable assimilable pour saturer la thyroïde avant l’arrivée de l’iode 131 et éviter ainsi sa fixation.

L’expérience montre que les cancers radio-induits de la thyroïde nécessitent des doses minimales de 100 mGy à l’organe concerné. Au-delà, ils n’apparaissent que chez les enfants de moins de 15 ans et en grande majorité de moins de 5 ans au moment de l’exposition avec un temps de latence le plus souvent de l’ordre de 4 à 5 ans et pouvant aller à 10 ans. Par contre, l’incidence des cancers de la thyroïde qui ne sont pas induits par la radioactivité augmente proportionnellement à l’âge.

Dans la région de Tchernobyl, où les doses reçues ont été importantes, la population souffrait d’une alimentation déficitaire en iode et la distribution de pastilles d’iode stable a été effectuée tardivement, ce qui explique les nombreux cancers de la thyroïde observés. Mais ailleurs ?

De plus en plus de cancers de la thyroïde ?

Evolution du nombre de cancers en France

Oui, sans aucun doute, tous les relevés sont concordants. Mais peut-on, comme certains le prétendent, attribuer cette augmentation en France aux retombées de Tchernobyl ? C’est ce que nous allons examiner :

 

  • Ces cancers sont en augmentation continue aussi bien en France (courbes ci-contre[1]) que dans beaucoup de pays depuis au moins 1975, soit dix ans avant Tchernobyl. Il est impossible que ce soit Tchernobyl qui ait provoqué l’augmentation entre 1975 et 1986.

 

 

  • Il n’y a pas de déformation des courbes commençant 4 ou 5 ans

    Evolution du nombre de cancers en Russie

     après Tchernobyl et se terminant une dizaine d’années après, comme on aurait pu s’y attendre si l’iode 131 de Tchernobyl avait été la cause de l’augmentation. Cette déformation est constatée pour les enfants de zones à proximité de Tchernobyl en Belarus et en Ukraine, beaucoup moins en Russie, plus éloignée (graphe ci-contre[2]), mais il n’y a rien de comparable en France.

 

  • L’augmentation se poursuit plus de 30 ans après Tchernobyl, alors que l’activité de l’iode 131 a diminué après 30 ans d’un facteur si considérable que l’imagination ne permet pas de l’apprécier (division par 10 suivi de plus de 400 zéros). L’iode 131 de Tchernobyl ne peut donc plus du tout contribuer à la création de ces cancers survenant plus de 30 ans après.
  • Les cancers détectés touchent l’ensemble de la population quel que soit son âge et pas seulement des enfants de 5 ans ou moins à l’époque de Tchernobyl, ils ne sont donc vraisemblablement pas dus à l’irradiation par l’iode 131.

On peut ajouter :

  • Que les estimations de dépôt d’iode 131 dans les régions les plus touchées par ces dépôts dans l’est de la France montrent que ceux-ci ne peuvent jamais conduire à des expositions de l’ordre de 100 mGy. Or il est reconnu que ce minimum doit être atteint pour créer des lésions cancéreuses de la thyroïde. L’IRSN a estimé que pour un enfant de 5 ans, la dose maximale reçue en France par ingestion d’iode 131 après Tchernobyl était de 16 mGy, très loin de la valeur minimale admise, alors que les enfants des zones proches, carencés en iode, ont reçu en moyenne 500 mGy, ce qui explique l’augmentation locale du nombre de cancers de la thyroïde.
  • Que l’analyse géographique des excès de cancers de la thyroïde montre que ceux-ci sont plus importants dans le Calvados et le Tarn que dans l’Est de la France, alors qu’il est avéré que ces régions ont été beaucoup moins concernées que l’Est de la France par les dépôts de Tchernobyl. Ceux-ci ne peuvent donc expliquer les valeurs trouvées dans le Calvados et le Tarn.

On peut noter, bien que ceci ne constitue pas une preuve, que toutes les plaintes de victimes de cancers de la thyroïde accusant l’État de ne pas les avoir prévenus du danger des retombées de Tchernobyl vis-à-vis de ce cancer ont été rejetées par la cour de cassation  qui a longuement et solidement argumenté ses décisions.

Mais alors d’où vient cette augmentation des cancers ?

Les connaissances sur les causes du cancer de la thyroïde ne donnent pas de réponse concrète à cette question qui ne se pose pas seulement en France. Les spécialistes pensent que c’est simplement parce qu’on les diagnostique mieux. Les progrès techniques améliorant la sensibilité des appareils d’échographie et la baisse de prix de ces appareils ont permis un développement important de l’installation de ces appareils et par voie de conséquence un beaucoup plus grand nombre de diagnostics.

 On peut ainsi détecter plus de cas, le plus souvent bénins et qui n’auraient pas été détectés autrefois faute de diagnostics systématiques et de symptômes visibles. Certains spécialistes (dont l’American Thyroid Association) recommandent une stratégie diagnostique et thérapeutique adaptée pour limiter le surdiagnostic et le surtraitement de ces tumeurs bénignes. Ceux-ci conduisent en effet à une mauvaise utilisation des ressources et à des effets négatifs sur les patients opérés, car l’opération, bien que rarement fatale, est invalidante et nécessite une lourde compensation médicamenteuse permanente.

On peut considérer que la thèse du surdiagnostic est confortée par le fait que si le nombre de cancers est en forte augmentation (en France en 20 ans près de 3 fois pour les femmes et plus de 5 fois pour les hommes néanmoins moins atteints), le nombre de décès, assez faible, est en sensible diminution. Les possibilités de traitement n’ayant pas notablement évolué, ceci peut signifier que le nombre de cancers graves est sensiblement constant et que l’augmentation des détections concerne essentiellement des anomalies bénignes mises en évidence par le surdiagnostic, sans aucun rapport avec Tchernobyl.

Pour conclure

Même si les causes de l’augmentation du nombre de cancers de la thyroïde en France ne sont pas parfaitement élucidées, on peut conclure qu’il est parfaitement invraisemblable que les retombées de Tchernobyl aient eu en France un impact détectable sur le nombre de ces cancers.

On ne peut donc en aucun cas attribuer l’augmentation de leur nombre aux retombées de Tchernobyl

Bibliographie.

André Aurengo, La jaune et la Rouge N° 569, novembre 2001

https://www.lajauneetlarouge.com/tchernobyl-quelles-consequenses-sanitaires/

IRSN Tchernobyl 17 ans après, avril 2003

https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-accidents-nucleaires/accident-tchernobyl-1986/consequences-homme-environnement/Documents/irsn_tchernobyl_17-ans-apres.pdf

 



[1] d’après DGS-FRANCIM, 1999

[2] https://www.laradioactivite.com/site/pages/CancersThyroides.htm données IRSN

UARGA : Union d'associations de retraités et d'anciens du nucléaire
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