Vers une électricité durable. Propre, sans CO2, disponible, abondante en permanence
Contact Connexion adhérent Comment adhérer
Dernière nouvelle

Point général sur la situation française de l’énergie électrique (14/10/2022)

Nous, les anciens de l‘industrie nucléaire, qui la défendons sans relâche et en assurons la promotion quand cela est possible, sommes surpris et heureux du récent regain de l’approbation populaire à son sujet. Regain paradoxal car coïncidant avec une accumulation de difficultés rencontrées par EDF dans l’exploitation de son parc, une vraie contreperformance l’année où cela est le plus pénalisant.

Tentons de voir cela en détail.

A quoi ce regain très significatif est-il dû ? Sans doute pas à une soudaine reconnaissance par le public de ses mérites mais plus probablement au fait que la population, plus réaliste et clairvoyante qu’on ne le pense trop souvent, a compris que les autres énergies présentent des inconvénients nombreux et majeurs en ce qui concerne le climat, la pollution, l’intermittence ou l’économie. Par ailleurs le prix des énergies (électricité et gaz) qui s’envole et leur disponibilité qui s’amenuise inquiètent l’opinion pour les mois à venir.

Concentrons-nous d’abord sur le cas de l’électricité et en premier lieu à sa production. L’année 2022 a vu l’effondrement de la production du parc nucléaire, effondrement très largement prévisible mais que, curieusement, EDF n’avait pas annoncé :

  • Les conséquences de la crise du COVID avec tous les désordres qu’elle a entraînés dans le programme de maintenance courante des centrales n’ont pas disparu en 2022 avec le COVID ; en 2023 et 2024 des répercutions se manifesteront encore.
  • Les immobilisations pour une très longue période (6 mois et souvent beaucoup plus) du fait des très lourdes opérations de grand carénage nécessaires à l’approche du 40ème anniversaire de chaque réacteur sont inévitables. Le programme est lourd et de long terme : 56 réacteurs sont concernés, 7 ont déjà franchi l’obstacle, une dizaine est en cours et le tour viendra pour tous les autres, un programme dont on n’entend pas parler, sauf au plan local, près de chaque site concerné

A cela s’ajoute, de façon tout à fait inattendue et ne relevant en aucune façon d’un défaut de maintenance, l’incident industriel imprévisible de la découverte de très fins défauts affectant certaines soudures importantes pour la sûreté en cas d’accident sérieux (phénomène de corrosion sous contrainte / CSC) découverts sur certains des réacteurs les plus récents et les plus puissants (certains immobilisés du fait de la découverte du défaut et certains immobilisés en raison du recours à une méthode de contrôle destructive) soit 15 GW.

Découvert en fin d’année 2021, le phénomène a été rapidement pris en compte par EDF, analysé et compris en quelques mois et l’ASN a approuvé le 27 juillet l’ensemble des mesures proposées par EDF : la mise en œuvre de l’ensemble des opérations (approvisionnement des pièces, installation, soudures puis contrôles, remise en service après approbation de l’ASN pour les réacteurs touchés et la définition et la mise au point d’un procédé et d’un appareillage de contrôle spécifique non destructeur pour les autres réacteurs.). En un an, avec la remise en service d’un premier réacteur concerné par ce type d’incident, EDF aura fait face à un phénomène totalement nouveau et imprévu et l’a surmonté : c’est là un exploit réalisé dans un contexte de travail difficile (difficulté des soudures, exiguïté du lieu d’intervention, ambiance radioactive) qu’il faut saluer mais personne ne le fait. Au contraire on entend persiffler sur l’incompétence et l’inexpérience du personnel, qu’il s’agisse des personnels affectés à la construction ou à l’exploitation sans distinction, ce qui est totalement injustifié et peut, peut-être, expliquer pour partie la mauvaise humeur et certains mouvements de grève dont personne ne parle non plus.

 

Toutes ces difficultés font que sur l’ensemble du parc la moitié des installations se sont trouvées simultanément à l’arrêt et la production réduite d’autant. Une question se pose immédiatement : la faute à qui ?

 

En pièce jointe on trouvera le document rédigé par Gérard Petit, un ancien du nucléaire, expliquant par le menu, de façon implacable, souvent sous forme allusive ou subliminale les vicissitudes de l’exploitant EDF d’aujourd’hui. Un document de référence plein d’enseignement pour l’avenir (voir)

 

La faute à qui ? Bien peu de nos concitoyens le savent : au cours des 10 dernières années un grand nombre d’installations fonctionnant au charbon, au fuel ou au gaz, représentant un potentiel pilotable de quelques 10 GW électrique ont été arrêtées, à quoi s’ajoute la fermeture de Fessenheim soit 12 GW c’est-à-dire l’équivalent des 14 réacteurs dont la loi toujours en vigueur prévoit l’arrêt définitif en 2035.

L’Etat a ainsi considéré, qu’en supprimant tous les moyens jugés non essentiels pour le pays, ne serait-ce qu’à titre de réserve ultime, et dangereux à un titre ou à un autre pour le climat, il pouvait se priver des moyens permettant de faire face à l’imprévu. Chacun sait pourtant que pour rouler une voiture a besoin de 5 roues dont l’une en secours et que si par imprévoyance cette dernière est manquante le véhicule est à la merci d’une panne sur l’une des 4 roues restantes.

Le gouvernement des 10 ou 15 dernières années n’a pas été assez prévoyant et s’est appuyé sur de mauvais conseillers alors que l’autorité de sûreté, à plusieurs reprises, a attiré son attention sur le risque pris en supprimant toutes les marges. Curieusement, tour à tour, tous les principaux politiques en poste au cours de toutes ces années ont nié toute forme de responsabilité dans la situation traversée par le pays et accusé, ou laissé accuser, l’actuel président directeur général démissionnaire d’EDF et le personnel d’irresponsabilité ou d’incompétence…

…et maintenant, pour faire face à la crise qui arrive, les autorités ‘invitent’ à la sobriété toute une population en lui suggérant une longue liste de restrictions non contraignantes, parfois dérisoires, peu convaincantes, sans doute insuffisantes la rendant en quelque sorte fautive, coupable de gaspiller les ressources et de rechercher un confort excessif (consommer trop d’électricité, trop chauffer l’hiver) !

La plupart des gens s’interrogent sur toutes ces mesurettes devant permettre de passer l’hiver, s’il n’est pas trop rigoureux. Mais personne ne leur dit qu’en fait toutes les mesures aujourd’hui non contraignantes sont appelées à durer des décennies et à s’alourdir dans le futur.

Certes la production des réacteurs va reprendre peu à peu, l’EPR de Flamanville finira bien par démarrer, les réserves des barrages taries par la sécheresse se reconstitueront mais les marges perdues de 12 GW ne se rétabliront pas par miracle. Alors que les nouveaux usages de l’électricité sont appelés à se développer, qu’est affichée une ambition nouvelle de ré-industrialisation du pays et que le désir d’une croissance même faible est toujours là.

Le pays dans son ensemble doit donc prendre une direction totalement nouvelle, mais rares sont ceux qui le disent. Le pays est-il prêt à vouloir prendre l’inflexion nécessaire ? Il faut le souhaiter.

Quant à retrouver les marges perdues, le nouveau nucléaire fait d’EPR2 ne pourra intervenir au mieux qu’à partir de 2035 et les énergies renouvelables intermittentes n’étant pas pilotables ne peuvent, par nature, être disponibles quand on en a besoin, seuls les utopistes peuvent en rêver, la cadence de construction n’y changeant rien. Quels moyens pour combler le creux de 10 à 15 ans ? Il semble bien n’y avoir que le gaz brûlé en France ou, si on préfère renoncer à l’indépendance énergétique, importer de l’électricité qui sera de l’électricité modérément ou largement carbonée, que cela plaise ou non. L’étude sur ce point reste à faire sachant que si la marge nécessaire est faible et pour des recours assez courts il peut y avoir une variété d’autres sources que le gaz.

Voilà pour ce qui est de la production d’électricité. Au plan du prix les choses sont plus simples à expliquer. D’abord chacun sait que quand un produit se raréfie les prix montent même si le coût de production ne monte pas dans l’immédiat. Jusqu’où le prix peut-il monter, c’est moins clair. Ce qui est clair c’est que les règles bruxelloises en vigueur depuis une vingtaine d’années font que le marché de gros de l’électricité s’aligne automatiquement sur le coût du gaz ; déjà curieux pour une zone aussi vaste que l’Europe, ce système devient une aberration en temps de crise. Cette aberration du marché unique européen devra être corrigée. L’Europe en prend très doucement le chemin mais en attendant les défauts du marché persistent et le consommateur, notamment français, continuera à souffrir.

 

Pour le gaz les choses sont tout à fait différentes de celles dont souffre le marché de l’électricité. Nos lecteurs savent que notre légitimité à parler de gaz est moindre que pour ce qui concerne l’électricité. Nous serons donc brefs.

C’est aujourd’hui bien connu …le manque de disponibilité du gaz est la faute à Poutine ! Certes mais les dérèglements ont commencé avant l’invasion de l’Ukraine. Le COVID et la chute de l’économie en découlant, suivie d’une rapide reprise puis de soubresauts dus à la Chine ont déclenché une crise que l’invasion russe a exacerbé.

La faute à Poutine oui, bien sûr mais l’Allemagne, avec son addiction au gaz russe depuis une vingtaine d’années n’est pas pour rien dans la crise. Il ne faut pas oublier non plus que la France et d’autres pays ont interdit la prospection et a fortiori l’exploitation du gaz de schiste et sont aujourd’hui heureux de pouvoir se tourner vers les USA pour s’approvisionner en gaz de schiste.

Bref, le retour de l’équilibre du marché du gaz n’est pas pour demain, trop d’investissements sont nécessaires alors que beaucoup de considérations d’ordre géopolitique interviennent mais dans ce domaine la France est moins exposée que nombre de ces voisins.

A posteriori on ne peut que constater les graves erreurs de stratégie sur le gaz comme pour l’électricité.

 

Pour conclure retenons quelques points importants :

  • La France a perdu aujourd’hui son indépendance électrique. Elle est contrainte d’importer à prix élevé de l’électricité le plus souvent carbonée.
  • Si la situation catastrophique de 2022 va progressivement se corriger le pays risque de ne jamais retrouver sa position enviée des 40 dernières années d’exportateur d’électricité abondante, peu chère et pilotable et devoir recourir à des importations auprès de pays voisins qui, pour la plupart, ne serons pas toujours en mesure de satisfaire ses besoins.
  • La France restera tributaire des investissements en matière de nouveau nucléaire, envisagés par le président Macron mais la route, à peine entamée, sera longue. Elle commence du reste de façon un peu brouillonne avec une loi pour simplifier et accélérer la mise en œuvre de projets de construction télescopant un long débat public, ce n’est pas là un gage de sérénité. L’opinion est certes favorable aujourd’hui mais celle-ci est souvent versatile par ailleurs le pouvoir politique est contraint par une majorité relative alors que le programme annoncé (6 EPR2 + une option pour 8 autres) n’est qu’un début : à l’horizon 2050-2060 c’est une cinquantaine qui sera probablement nécessaire.

Quant à la suite il n’y aura plus qu’à construire !

  • Trouver les financements,
  • Orienter les jeunes vers les fonctions de production, former des techniciens, des ingénieurs, des spécialistes (le président de l’ASN a parlé à juste titre d’un plan Marshall),
  • Sélectionner et fidéliser les entreprises partenaires dans nombre de domaines : ingénierie, génie civil, forge, turbines, électrotechnique, contrôle-commande, etc.,
  • Bénéficier d’une autorité de sûreté exigeante, respectée dans la stabilité et ne relevant le niveau d’exigence qu’à très bon escient.
  • Tout cela requiert un soutien politique sans faille dans la durée (4 ou 5 quinquennats) s’appuyant sur la compétence des industriels concernés et où le pouvoir politique ne cherche ni à les cogérer ni à les mettre en tutelle. 

 

Nous ne pouvons clore cette petite synthèse sans adresser nos félicitations et nos remerciements à EDF pour tous les efforts consentis pendant une année 2022 extrêmement difficile. Nous souhaitons enfin la bienvenue au nouveau président directeur général d’EDF et beaucoup de réussite dans l’accomplissement de ses missions, elles sont essentielles pour la France.

 

Bernard LENAIL

 

Nous vous invitons à prendre connaissance du document rédigé par Gérard Petit, un ancien du nucléaire, expliquant par le menu, de façon implacable, souvent sous forme allusive ou subliminale les vicissitudes de l’exploitant EDF d’aujourd’hui. Un document de référence plein d’enseignement pour l’avenir (voir)

UARGA : Union d'associations de retraités et d'anciens du nucléaire
Plan du site - Mentions légales