Divorce entre décisions politiques et réalités technico-scientifiques. (16/04/2026)

Lors d’une conférence tenue cette année dans le cadre de Limours Meli-Melo, Yves Bréchet met à jour le divorce qui règne entre décisions politiques et la réalité technico-scientifique.
Nous invitons nos lecteurs à prendre connaissance du canevas de ce petit trésor de lucidité caustique.
Ancien Haut-Commissaire a l’énergie atomique (2012-2018), membre de l’Académie des Sciences, c’est fort de son expérience de conseiller du prince dans le domaine de l’énergie et armé d’un franc parler légendaire, que le physicien Yves Bréchet fait un état des lieux de la pertinence des décisions politiques et, croyez-nous, « ça déménage ».
Nous sommes loin des siècles précédents où scientifiques et pouvoir faisaient plutôt bon ménage. Maintenant, défiance et condescendance vis à vis des savants sont la règle : présence auprès des instances dirigeantes réduite à la portion congrue, fausses institutions technico-scientifiques aux mœurs courtisanes et produisant des recommandations indigentes quand elles ne sont pas délirantes.
Le théâtre des grandes décisions stratégiques prend l’allure un peu poussée d’une farce. On y escamote les rapports trop réalistes pour statuer sur le futur le nez au vent, sans analyses de besoins et d’impacts, sans soucis des points bloquants, devant un parterre de représentants nationaux incultes.
A l’origine d’un tel dysfonctionnement : la faiblesse de la culture scientifique tant au sein des élites dirigeantes que pour le reste de la population. Pour y remédier : restaurer, dès l’enseignement primaire, le goût de la recherche rigoureuse du réel, plutôt que saupoudrer des formations gadget. Réciproquement, que les scientifiques s’engagent plus dans le champs politique, accessoirement qu’ils s’impliquent plus dans des démarches de vulgarisation auprès du public.
Il est vrai qu’il y a un déclin général de l’esprit scientifique – les sondages internationaux en témoignent – et un changement de cap s’impose.
Mais ça n’explique pas tout. Ces rapports que de hauts fonctionnaires enterrent allègrement sont écrits en bonne prose et n’ont rien d’incompréhensibles pour des profils de leur calibre…
Nous ne pouvons alors nous empêcher d’évoquer un autre texte, sur la décision politique bien épicé lui aussi, que le même Yves Bréchet écrivit en septembre 2019, après l’annonce de l’annulation du programme Astrid. Il n’y est plus question de culture scientifique mais du constat d’une mise sous tutelle délibérée de nos stratégies à l’aléatoire du marché, dans un contexte bousculé de logiques budgétaires, de réactions aux turbulences du moment, d'effets de mode, ou de pressions électorales. Dans la chaîne de causalité des décisions de l’état, l’auteur atteignait une strate beaucoup plus profonde qui semble réglée par une désinvolture pour le long terme, fait très grave pour notre futur.
La question est chaude et nécessite plus des mesures directes que des réformes structurelles à long terme. Mais comment ?
La piste médiatique
Dans une démocratie, les élites dirigeantes taillent et tranchent mais les dirigés les élisent ou pas. Ceci ne fonctionne pour le bien de tous que si ces derniers sont correctement informés. C’est le rôle des médias. Les élites sont fermées et cloisonnées, le peuple est multiple : C’est donc par ce segment intermédiaire que la rigueur scientifique peut le plus aisément se répandre.
Yves Bréchet a raison, il faut que des voix scientifiques compétentes se fassent entendre haut et fort dans le débat démocratique mais plutôt qu’en tombant dans le piège de la politique politicienne, il faut le faire en s’investissant dans la sphère médiatique, tant traditionnelle que réseaux sociaux. Le succès dans ce sens de Jean-Marc Jancovici prouve que cette démarche est possible et féconde.
Si le rapport est passé sous silence, alors il faut le divulguer, le vulgariser en expliciter l’importance. Que des gens compétents et bien aptes à communiquer s’en chargent.
La sphère technico-scientifique doit œuvrer à susciter de tels talents capables. Une discipline à cette fin, pourrait peut-être être envisagée dans les universités et écoles d’ingénieurs ?
De même que l’état ne doit plus esquiver ses missions régaliennes dans l’enseignement, de même le témoignage fort et courageux d’Yves Bréchet ne doit plus être un fait isolé.




