L'Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA)

Sigle de l'AIEA

Le site de l’AIEA :  www.iaea.org, est bien fait, mais sans doute trop complet pour que le lecteur en tire facilement une vue d’ensemble.

Le présent  exposé a été rédigé pour être synthétique bien sûr, dire certaines choses de façon moins formelle, avec des exemples, parfois des explications et des commentaires : comme on ne les dit pas habituellement.

 

1.  La bombe, l’AIEA, le TNP (Traité de Non-Prolifération des armes nucléaires)

Les États-Unis ont développé l'arme nucléaire et s’en sont servis, c’est bien connu, en 1945. Ensuite les pays suivants ont disposé de l’arme sans, heureusement, avoir à l’utiliser:

-       l’Union soviétique en 1949,

-       le Royaume-Uni en 1952,

-       la France en 1960,

-       la Chine en 1964.

 

Mais le risque de prolifération des armes atomiques a vite préoccupé la communauté internationale. En 1953 le Président Eisenhower prononce à l’Assemblée Générale des Nations Unies un discours intitulé « Atoms for peace », où il propose la création d’une Agence Internationale de l’Energie Atomique dont le siège serait situé à Vienne. Cette Agence aurait pour double fonction d'encourager l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques et de prendre une part active au contrôle des matières nucléaires en vue de la réduction des armements.

Mission Fukushima

Mission Safeguards (source AIEA)

De 1954 à 1956 une négociation sous l’égide de l’ONU aboutit à la conclusionque la nouvelle Agence ne devrait pas être une institution spécialisée des Nations Unies, mais une organisation autonome selon les buts et principes des Nations Unies, qui coopérerait avec l'ONU. En octobre 1956 un statut de l’AIEA est adopté à New-York en marge d’une réunion de l’ONU. En juillet 1957, alors que 26 Etats ont déposé leur instrument de ratification, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA, en anglais IAEA) est officiellement créée. En abrégé on dit « l’Agence ».

 

Le statut énonce deux principes fondamentaux et complémentaires. D'une part, l'Agence a pour but de promouvoir l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques ; d'autre part, elle doit s'efforcer de veiller à ce que l'aide qu'elle fournit ne soit pas utilisée de manière à servir à des fins militaires.

L'élaboration d'un traité visant à protéger le monde d’une prolifération des armes nucléaires a été la suite logique de la création de l'AIEA. Ce traité, appelé Traité de Non-Prolifération des armes nucléaires (TNP) a été élaboré à l'initiative des États-Unis et de l'Union soviétique, signé le 1er juillet 1968. Il est entré en vigueur le 5 mars 1970, une fois ratifié par 40 pays en plus des trois qui, à cette date, étaient alors déjà « dotés de l’arme nucléaire » : les Etats-Unis, l’Union soviétique et le Royaume-Uni. Beaucoup d’autres pays sont ensuite devenus signataires de ce TNP. Ce fut le cas de la France et de la Chine en 1992.

 

2. Les objectifs de l’Agence. L’atome pour la paix et le développement

L’objectif de l’Agence est donc de partager les technologies nucléaires pacifiques : production d’énergie nucléaire, mais aussi utilisations industrielles, médicales, agricoles et alimentaires, …, en se préoccupant naturellement de la radioprotection et de la sûreté/sécurité sous tous ses aspects.

En contrepartie, un régime de vérification pour éviter un détournement à des fins non pacifiques. L’Agence et le TNP obligent les pays qui n’ont pas l’arme et ont signé le TNP  à déclarer leurs installations nucléaires, les matières nucléaires qu’elles détiennent, et à accepter des inspections par l’AIEA. On reviendra sur ce point.

 

Cette fonction majeure de l’Agence s’appelle en français « les Garanties », en anglais « Safeguards ». On ne prononce pas le « u », on prononce donc « Safegards ».

Les Garanties de l’AIEA agissent non seulement comme une mesure d’instauration de la confiance, mais aussi comme un mécanisme d’alerte rapide.

 

3. Le personnel de l’AIEA et les experts qu’il invite à participer à son action

Sauf pour les Garanties, et sauf pour les congrès et grandes réunions, voici un élément peu connu du public et très important :

 

L’effectif de l’AIEA ne constitue qu’une ossature compétente.

Chacun des membres de l’effectif technique proprement AIEA est chargé,

pour chaque action prévue au programme dont lui a été donnée la responsabilité,

de rechercher et de réunir autour de lui quelques experts

venant d’organismes spécialement compétents dans le monde,

capables de traiter le sujet considéré.

Ce n’est donc pas l’effectif de l’AIEA qui fournit seul la prestation prévue,

mais certains des meilleurs experts du monde.

 

Le rôle du responsable AIEA est de bien juger à quels pays/à quels experts il convient de faire appel (s’ils peuvent se rendre disponibles). Il faut tenir compte du fait que le temps des experts du monde est limité : ils ont tous essentiellement des activités dans leur société ou leur organisme.

Dans certains cas l’AIEA apporte un financement, essentiellement à des experts venant de pays en développement.

 

Notons que, pour bon nombre de tâches, par exemple la surveillance de l’évolution de la radioactivité sur le site de Mururoa, l’Agence invite à participer des experts qui s’opposent ou se sont opposés au nucléaire. Les rapports ne sont donc pas biaisés, comme certains le croient, du fait d’un parti-pris pro-nucléaire de l’Agence.

 

Concernant les Garanties,

ellessont principalement l’œuvre:

-       des Inspecteurs,  qui se rendent sur place pour leurs inspections, dans tous les pays qui ont accepté de s’y soumettre (une fois pour toutes), et recherchent si quelque chose leur serait dissimulé,

-       d’une logistique autour des inspecteurs destinée à choisir – et éventuellement améliorer - les matériels, les méthodes, choisir les fréquences d’inspection, et à organiser les voyages, parfois épineux,

-       d’un laboratoire d’analyses qui, on va le voir, joue un rôle fondamental.

 

4. Quels types d’actions sont  organisés par l’Agence ?

Parlons tout d’abord des actions  du domaine du nucléaire civil.

On comprend que le monde a des besoins d’une très grande diversité.

Certains pays ont de l’uranium dans leur sol, ou en cherchent à l’étranger, et/ou veulent le valoriser, partiellement sur place. Certains pays ont besoin de transporter des matières radioactives. Certains veulent mener une ou plusieurs étapes de transformation suivant le cycle du combustible, jusqu’à arriver à l’élément combustible prêt à être chargé dans le réacteur. Certains veulent construire et exploiter des réacteurs et sont concernés par la construction, l’exploitation, la surveillance en tant qu’Autorité de Sûreté, le démantèlement.  La plupart des pays ont à se préoccuper de déchets radioactifs. Certains pays ont des activités industrielles, agricoles. Beaucoup mettent en œuvre des techniques nucléaires dans le domaine médical, etc…

 

L’Agence vise en particulier, dans pratiquement tous les domaines du nucléaire, à établir des références en matière de sûreté.

 

Pour tout cela l’AIEA peut apporter un appui à ses Etats membres en faisant profiter les uns de l’expérience des autres. Il incombe à l’Agence de réfléchir aux actions les plus efficaces à mettre à son programme chaque année, comme il sera expliqué plus loin.

 

Citons certaines de ces actions.

Commençons par celles dont le nom est sans doute le plus connu :

les « Peer reviews », les « revues par des pairs ».

-          Il s’agit, à la demande du pays ou de l’organisation concernée elle-même, de juger de la sûreté de cette organisation, que cela concerne un réacteur, le cycle du  combustible, les déchets, le transport, une autorité de sûreté… On trouvera le détail des prestations possibles sur le site www.iaea.org .

 

 

Le pays, ou l’organisation, formule sa demande à l’AIEA, et constitue un dossier.

L’AIEA constitue une équipe d’experts de divers pays, des « pairs »,

réunissant collectivement toutes les compétences nécessaires

pour porter un jugement complet sur l’entité à apprécier et critiquer.

L’équipe d’experts prend connaissance du dossier, puis se rend sur place,

visite, et pose toutes ses questions au personnel de l’entité.

Elle rédige un rapport détaillant les forces et les faiblesses relevées,

les  recommandations.

 Elle le soumet au client.

Après échange, le rapport est rendu public, sauf opposition du client.

Pour Fukushima, bien avant les évènements dramatiques qu’on connaît,

le client avait refusé la publication d’une peer review, ce qui est rare.

::

 

Une observation d’un des premiers présidents de WANO (World Association of Nuclear Operators) lorsqu’il nous aidait à préparer un texte sur le sujet : « Les seules véritables Peer Reviews sont celles de WANO ! ». Il devait parler des analyses extrêmement technologiques entre pairs ayant vécu dans des circonstances identiques, partageant le « retour d’expérience » d’incidents ou accidents.

Cela n’enlève rien à la valeur des analyses qu’apporte l’AIEA sous le même nom. Les peer reviews de l'Agence sont souvent construites autour de ses normes et guides de sûreté, et examinent surtout  les points tels que: organisation, formation des responsables et du personnel, contrôles à mener et surveillance par une autorité de sûreté indépendante, retour d'expérience ; cela davantage que l’aspect  technologique des matériels et des méthodes de mesure. Les peer reviews font cependant volontiers ressortir quelque chose d'original et utile qu’aurait mis en place l'organisation considérée.

 

Mission de revue

Revue  de l'AIEA (source AIEA)

 

Voici d’autres exemples d’actions de l’Agence dans le domaine civil, en commençant par celle-ci que le public ignore en général, et où pourtant l’AIEA fait véritablement autorité ::

  • Mettre à jour périodiquement son Règlement de transport des matières radioactives, qui fait foi dans le monde entier, que ce soit pour du plutonium, de l’UF6 ou pour des médicaments radioactifs. L’Agence le fait avec des représentants de tous les pays qui veulent participer, et un représentant de l’ISO (organisation de normalisation internationale).
  • Poursuivre l’élaboration, dans d’autres domaines que le transport, de textes de normes et guides de sûreté, ou réviser des normes ou guides de sûreté existants (voir ci-dessus les commentaires sur les « peer reviews »). Notons que ce que l’Agence appelle normes de sûreté n’est donc pas la description technique de performances de méthodes ou de matériels, mais ce sont des textes définissant ce que l’on doit faire et atteindre. S’il convenait de définir des performances de méthodes ou de matériels, ce serait le rôle de l’ISO, l’organisme de normalisation internationale.
  • Elaborer avec les pays concernés une Convention Internationale (appelée à avoir, après ratification, valeur de traité) sur tel sujet d’intérêt général (cela prend une ou plusieurs années), puis présider les réunions périodiques visant à faire le point de sa mise en œuvre. Citons par exemple la Convention sur la sûreté de la gestion des déchets radioactifs et des combustibles usés.
  • Plus simplement, organiser, à Vienne ou ailleurs, un congrès international, en coopération avec d’autres organismes.
  • Former le futur personnel destiné sur tel continent à prendre en charge telle activité, par exemple concernant des sources radioactives ou des déchets.
  • Ecrire un livre sur l’expérience acquise, par exemple, dans le démantèlement de telle sorte d’installations nucléaires.
  • Lancer un programme de recherches coordonnées avec quelques laboratoires, dans le domaine médical, agricole, … , l’Agence servant de catalyseur d’énergie.
  • L’AIEA a une division commune avec la Food and Agriculture Organization, FAO.
  • Certaines actions plus exceptionnelles peuvent être entreprises. En voici un exemple étonnant qui date de 1995 : Des pays nordiques voisins de la Russie, inquiets d’un risque d’accidents de grande ampleur, ont demandé à l’Agence de tenter d’identifier, puis de réunir, les organismes russes qui auraient un rôle dans la gestion des déchets radioactifs ; cela dans l’espoir de les aider à y mettre de l’ordre. On s’est aperçu que ces organismes ne se connaissaient pas les uns les autres, et cherchaient tous des aides financières ! A leur grande satisfaction ils ont pu établir entre eux grâce à l’Agence des contacts fructueux. Une structure permanente a été mise sur pied pour faire en sorte que les pays étrangers qui le voulaient bien apportent une aide financière et éventuellement technique dans la résolution de certains problèmes.
  • Si c’est l’Organisation Maritime Internationale (OMI) qui est l’organisme de l’ONU chargé de surveiller les pollutions des mers en général, c’est l’AIEA qui est chargée des pollutions radioactives, en rendant compte à l’OMI. C’était le cas en particulier des vieux navires à propulsion nucléaire soviétiques qui rouillaient dans les mers arctiques : un des éléments du vaste sujet qu’on vient d’évoquer ci-dessus.

Mission Fukushima

Mission Fukushima (source AIEA)

  • Notons que l’AIEA a un Laboratoire international de radioactivité marine à Monaco.
  • Terminons cette liste d’exemples en évoquant, sans le développer, un sujet majeur sur lequel l’Agence apporte une contribution : les suites de Fukushima.

On vient ainsi de donner un aperçu de ce que peut faire l’AIEA.

 

Il existe aussi des actions menées spécifiquement pour un pays donné. L’Agence a un Département dit « de Coopération technique pour le développement» destiné à aider individuellement ces Etats membres, à leur demande, avec un budget spécifique.

 

Dans le domaine des Garanties :

 

Pour que les Garanties de l’AIEA puissent travailler dans un Etat membre, il faut, on l’a dit, que cet Etat membre ait signé un accord formel. S’il hésitait à le faire la pression politique sur lui serait grande pour qu’il le fasse, et il lui serait peut-être difficile de bénéficier d’aides de l’Agence dans les autres domaines !

Le but de l’Agence est naturellement de vérifier les informations fournies par l’Etat membre. Elle organise ses inspections de telle sorte, et à une fréquence telle que, si cet Etat lui cachait quelque chose qui présente un danger, s’il exerçait une activité illégale entre deux inspections (détournement de matières), on s’en aperçoive avant qu’il soit trop tard.

 

Mais il est apparu au début des années 1990 qu’il était nécessaire d’être plus exigeant. Par exemple, en découvrant en Irak des traces d’uranium à une teneur isotopique non déclarée (plus de 5% d’uranium 235), on s’était aperçu que cet Etat-membre avait forcément mis en œuvre des matériels non déclarés (de quelle nature ? où ?), donc avait enfreint ses engagements en tant que signataire du TNP. Une réflexion internationale approfondie a été menée sous l’égide de l’Agence.

 

 

A été  défini en 1997 un « protocole additionnel » à signer par chaque Etat membre :

il doit accepter, en particulier, des inspections (presque) impromptues, et

que les  inspecteurs puissent prélever des échantillons dans l’environnement,
pour les analyser dans le laboratoire de l’AIEA à Seibersdorf, près de Vienne.

 

Il faut comprendre que pratiquement toute installation (de l’Etat membre inspecté)

a des effluents,

ne serait-ce que de l’air, même filtré,

qui partent dans l’environnement ; et que

sur des échantillons prélevés les analyses sont si précises,

même sur des masses de matière (uranium contenu) infimes,

que pratiquement rien ne peut échapper à la détection.

 

 

Là  encore, la pression serait grande sur un pays qui refuserait de signer le protocole additionnel.

 

En résumé, l’Agence analyse les documents qui lui sont fournis par chaque Etat sur ses installations, rapproche toutes les sources d’information dont elle a pu disposer, mène des inspections, effectue des prélèvements et les analyse dans ses laboratoires.

 

Terminons en évoquant un point qui met en évidence la relation entre l’AIEA et l’ONU : Concernant des pays qui posent des problèmes graves à la communauté internationale, il arrive que le Directeur Général de l’Agence rende compte directement au Conseil de Sécurité de l’ONU.

 

5. Concertation pour définir les Programmes annuels de l’Agence

(en général dans le cadre d’une enveloppe budgétaire définie)

 

En même temps qu’elle mène les actions décidées pour l’année en cours, l’Agence pour les deux années suivantes doit faire un choix, elle élabore un projet de programme et un budget précis, cela selon un ordonnancement très rigoureux. Elle diffuse ce projet aux Etats membres et à un certain nombre d’instances représentatives, pour recueillir leurs critiques et suggestions ; jusqu’au moment où elle fixe et diffuse le programme définitif de ces deux années suivantes.

 

Ces échanges laissent la place à des bonnes volontés pour financer hors budget telles ou telles actions qui soulèveraient  – vont soulever - leur intérêt particulier. Ainsi naissent les programmes et les dépenses extra-budgétaires.

 

Une certaine concertation existe aussi avec l’Agence de l’Energie Nucléaire de l’OCDE et avec la Commission Européenne.

 

6. L’organisation de l’Agence

Directeur Général de l'Agence

Comme le détaille le site de l’AIEA, l’Agence est dirigée par un Directeur Général, le Japonais Yukiya Amano depuis décembre 2009, bien avant Fukushima, avec

6 Départements, les chefs de départements étant Directeurs Généraux Adjoints.

Chaque Département est composé de Divisions dirigées par des Directeurs, elles-mêmes composées de Sections. Classique !

En janvier 2017 le Directeur de la Division du Cycle du combustible, de la Technologie des Déchets  et des Réacteurs de recherche - au sein du Département de l’Energie - est un Français, Christophe Xerri.

 

Ce qui n’est pas très classique, c’est que tout membre du personnel :

-          est sous contrat à durée déterminée (sauf quelques-uns en fin de carrière) - le Directeur Général inclus,

-          est choisi par le Directeur Général parmi les candidats de l’ensemble des Etats membres, veillant à ce qu’il y ait un certain équilibre mondial ;

-          qu’aucun n’est censé obéir à des instructions de son pays, mais exclusivement au Directeur Général.

Quelques vocables spécifiques :

-          On ne dit pas « pays membre », mais « Etat membre ».

-          Quand on vous parle du Secrétariat, ne cherchez pas de la secrétaire de qui on vous parle : On vous parle de « l’ensemble du personnel » ; sans doute parce que c’est une agence sur le modèle de l’ONU et que le grand chef de l’ONU ne s’appelle pas « Directeur Général », ou « Président », mais » Secrétaire-Général » ; et il commande tout le monde ! Le Secrétariat de l’Agence, c’est tous !

 

Pour gérer son interface avec l’Agence (et les autres organismes internationaux à Vienne), chaque grand pays a une  Représentation permanente à Vienne. C’est évidemment le cas de la France.

 

7. Chiffres globaux (On trouve plus de détail sur le site www.iaea.org.)

En 2016 l’AIEA réunissait 168 Etats membres, si l’on inclut quelques Etats pour lesquels la ratification était en cours. La Corée du Nord a déclaré en 1994 qu’elle quittait l’AIEA. (En avait-elle le droit ?)

Oui, l’Inde, Israël, le Pakistan, Cuba  sont membres.

Un certain détail sur les Etats membres est donné au chapitre 8 sur le financement de l’Agence et en annexe.

 

On ne trouve pas sur le site de l’Agence le chiffre de l’effectif global, sauf « plus de 2500 ».

C’est sans doute dû au fait que, comme on l’a dit, il y a des actions « au budget normal » (« regular budget »), mais aussi des actions supplémentaires suggérées aux Etats membres s’ils veulent bien en apporter le financement « extra-budgétaire », souvent avec du personnel supplémentaire issu du pays.

 

On trouve sur le site de l’AIEA, à la rubrique « About us »,  les chiffres globaux du budget annuel :

 

 

2016

2017

Operational Regular Budget 

351,3 million EUR

358,2 million EUR

Operational Extra-Budgetary

45,9 million EUR

48,3 million EUR

Technical Cooperation

90,7 million EUR

90,7 million EUR

Capital Regular Budget

8,0 million EUR

10,3 million EUR

 

8. Financement de l’Agence

Il est intéressant de savoir comment est financée l’AIEA.

 

Les Etats membres dont le PIB est très faible bénéficient des services qu’apporte l’Agence, mais ne contribuent que de façon minime à son financement.

 

Les quotes-parts des Etats membres au financement de l’Agence sont indiquées dans un document fourni à la Conférence Générale. Les chiffres, en pourcentage du budget ordinaire, sont donnés ci-dessous  (on s’est limité aux Etats membres dont les quotes-parts étaient supérieures à 0,3% dans le budget ordinaire de 2016). On note la prédominance des Etats-Unis, puis du Japon, puis de l’Allemagne, de la France, et du Royaume-Uni.

 

Aucun euro ne vient naturellement de l’ONU : L’AIEA est proche de l’ONU, mais n’est pas une agence de l’ONU.

 

9. Instances de décision

Le Conseil des Gouverneurs

Il comprend 35 Gouverneurs issus de 35 Etats membres. Les Etats détenant les meilleures techniques nucléaires, dont la France, sont systématiquement désignés pour avoir un gouverneur. En pratique ce sont donc des permanents. Les autres sont élus en constituant une sorte de tour de rôle.

Le gouverneur de la France est traditionnellement le Directeur des Relations Internationales du CEA. Ce n’est pas le chef de la Représentation permanente française à Vienne.

 

Le Conseil des Gouverneurs est le principal décideur de la politique de l'AIEA. Il formule ses recommandations pour le budget et les activités, soumises à la Conférence générale. Il est responsable de la publication des normes et guides de l'AIEA. Il nomme en temps utile un candidat au poste de Directeur général, qui est soumis à l'approbation de la Conférence Générale.

 

Le Conseil des Gouverneurs se réunit 5 fois par an, dont une fois juste avant et une juste après la Conférence Générale.

La Conférence Générale

Tous les Etats membres sont invités à la Conférence Générale à Vienne une fois par an en septembre, ainsi que de nombreuses entités internationales et des ONG. Certaines de celles-ci sont classées à voix consultative, d’autres sans ce statut, par exemple l’AEPN et WONUC.

 

La Conférence Générale est plus que l’équivalent de l’Assemblée Générale des actionnaires dans nos sociétés. C’est une sorte de grand’messe d’une semaine où se passent une quantité de réunions simultanées, officielles ou privées. L’Agence présente un rapport moral. Des ministres présentent les points de vue de leur pays. Diverses réunions sont organisées, par exemple,  par le Département de Coopération Technique. Chacun, qu’il soit membre d’une délégation ou membre de la hiérarchie de l’Agence, tente de prendre connaissance du maximum de choses qui l’intéressent, et de faire passer efficacement ses messages, en se trouvant au bon endroit au bon moment. Des projets de résolutions sont lancés par certains Etats membres, dans une salle de débats consacrée à cela, pour les soumettre aux autres dans l’espoir de réunir les votes d’une majorité. Souvent de telles résolutions visent simplement à soutenir des actions déjà inscrites au programme de l’Agence ; mais souvent, au contraire, elles visent à infléchir certaines de ses intentions. Donc la hiérarchie doit être présente pour en prendre connaissance et y réfléchir ! Tout cela est remarquablement organisé.

A la fin de la semaine ont lieu les votes officiels qui entérinent les propositions du Conseil des Gouverneurs, ainsi que les résolutions ayant réuni une majorité.

 

10. Conclusion

 L’AIEA  est une agence autonome organisée suivant les principes  de l’ONU. Ses buts sont très bien définis, et elle est dotée d’une organisation réellement efficace. Alors que l’ONU elle-même peut donner l‘impression d’avoir un objectif vague, soumise à des vétos, et de conduire à des progrès rares et incertains ; que l’Europe de Bruxelles est bien critiquée, l’AIEA rend réellement des services appréciés, tant pour contenir la prolifération des armes nucléaires que pour aider le monde à bénéficier des techniques nucléaires civiles dans les meilleures conditions de sûreté et de sécurité.

 

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Annexe

Quote-part du financement du budget ordinaire de l’Agence

prise en charge par chaque Etat-membre

Seuls sont cités les Etats membres dont la quote-part est supérieure à 0,3%

 

Etat membre

Quote-part en % du budget ordinaire 2016

Afrique du Sud

 0,326

Allemagne

 7,004

Arabie saoudite

 0,793

Argentine

 0,396

Australie

 2,034

Autriche

 0,783

Belgique

 0,979

Brésil

 2,690

Canada

 2,927

Chili

 0,306

Chine

 4,511

République de Corée

 1,919

Danemark

 0,662

Emirats Arabes Unis

 0,584

Espagne

 2,917

Etats-Unis d’Amérique

25,477

Fédération de Russie

 2,392

Finlande

 0,510

France

 5,485

Grèce

 0,614

Inde

 0,584

Indonésie

 0,303

Iran

 0,312

Irlande

 0,410

Israël

 0,388

Italie

 4, 362

Japon

10,625

Mexique

 1,689

Norvège

 0,835

Pays-Bas

 1,628

Pologne

 0,807

Portugal

 0,456

République tchèque

 0,354

Royaume-Uni

 5,079

Singapour

 0,377

Suède

 0,942

Suisse

 1,027

Turquie

 1,164

Venezuela

 0,549

 

Source : Document AIEA référence GC(59/13/Rev.1)