Les rejets radioactifs des Installations Nucléaires

Index
1. Introduction

2. La réglementation

3. Les principaux radioéléments rejetés
4. Les rejets radioactifs des centrales REP
5. Les rejets radioactifs de l’usine de La Hague
    5.1. Les effluents gazeux
    5.2. Les effluents liquides
    5.3. L’impact des rejets
6. Documentation

 

 

1. Introduction

Comme toute industrie, et à vrai dire comme toute activité humaine, l'industrie nucléaire génère des sous-produits gazeux, liquides ou solides qui ne peuvent, dans l'état actuel des technologies disponibles, donner lieu à valorisation. Ces sous-produits peuvent suivre deux voies différentes :

  • certains sont traités par concentration et mis sous forme de déchets solides qui sont conditionnés, entreposés et en définitive stockés ;
  • d'autres sont contrôlés et éventuellement traités et/ou filtrés, et avant dispersion dans l'environnement : ce sont les rejets.

Le choix entre ces deux voies tient compte de nombreux facteurs techniques, sociaux et stratégiques entre lesquels il faut trouver un équilibre. Ce sont par exemple la disponibilité de procédés de traitement économiquement viables, de conditionnement sûr et de filière d’élimination pour les déchets solides, l’impact et le risque pour les travailleurs, les conditions locales d’environnement qui conditionnent l’impact sur celui-ci , en tenant compte, en particulier, dans la chaîne alimentaire, de phénomènes possibles de concentration pour certaines espèces, les effets transfrontière éventuels, etc.
Les conditions de rejet sont rigoureusement réglementées et contrôlées de manière à garantir, en restant en deçà des limites réglementaires, un très faible impact sur l'environnement et une parfaite innocuité sanitaire..

 

2. La réglementation

Les réglementations nationales ont été longtemps fondées sur le principe ALARA1  et sur les limites découlant des travaux de la CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique), donc sur des critères de santé humaine. Dès lors que les quantités de radioactivité rejetées par les installations ne représentent aucun danger pour les individus, il est parfaitement inopérant d’abaisser les limites alors même que les limites autorisées sont déjà très en deçà du seuil de dommages sanitaires. Cette approche n'empêche pas, comme l'expérience le montre, les efforts de minimalisation des rejets qui sont évalués par un calcul coût/bénéfice et donc l’apparition de marges entre les rejets réels et les limites qui peuvent devenir d’autant plus importantes que l’exploitant déploie plus d’efforts.

 L’apparition du principe de précaution2 , officialisé  à la Conférence des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement (CNUED) de Rio de Janeiro ainsi que la pression d’un certain nombre d’ONG et de partis politiques ont conduit en 1998 l’organisation OSPAR à formuler la déclaration de Sintra. Selon celle-ci, les états-membres (entre autres la totalité des pays européens qui rejettent en Mer du Nord ou dans l’Atlantique) s’engagent, par l’utilisation des Meilleures Techniques Disponibles à réduire de manière continue leurs rejets, de manière qu’à terme (fixé initialement à 2020, maintenant repoussé), les concentrations additionnelles de radionucléides dans l’environnement soient nulles ou quasi nulles, sous-entendu quel que soit le prix à payer, peu importe si les niveaux ainsi fixés sont très inférieurs à ceux que nécessiterait la protection de la santé des populations. Cette approche irréaliste et irresponsable qui résulte d’une application extensive du principe de précaution peut conduire, pour des bénéfices minimes sur des conséquences infinitésimales, à mettre en œuvre des ressources considérables qui auraient pu être plus adéquatement mises à profit pour améliorer la santé ou le bien-être des travailleurs ou de la population. Cela visait clairement une condamnation à mort de l’industrie nucléaire par thrombose de l’aval.

La France, participante et co-fondatrice d’OSPAR a dû intégrer ces principes dans sa réglementation, ce qu’elle a fait en 2003, mais elle l’a heureusement assorti de conditions économiques (rejets limités sur la base de l’emploi des meilleures technologies disponibles à un coût économiquement acceptable et des caractéristiques particulières de l’environnement du site).Néanmoins, cette approche à conduit à considérer qu’en l’absence de nouvelles obligations d’optimiser, ces marges sont des portes ouvertes à de mauvaises pratiques. Par conséquent, pour obtenir une diminution supplémentaire des rejets, sera exigée soit l’utilisation des meilleures techniques disponibles, ou la réduction de cette marge (éventuellement, ces deux mesures conjuguées).

 

Le contexte réglementaire actuel

Chaque installation nucléaire fait l'objet d'un décret d'autorisation de création et d'un certain nombre d'autorisations lui permettant de fonctionner. Parmi ces autorisations certaines concernent les rejets d'effluents (liquides et gazeux).
Jusqu'en 1995 les prélèvements d'eau et les rejets d'effluents non radioactifs étaient autorisés pour toutes les installations, nucléaires ou non, par arrêtés préfectoraux pour une durée déterminée tandis que les rejets d'effluents radioactifs faisaient l'objet d'arrêtés interministériels sans durée de validité.
En application de la loi sur l'eau du 3 janvier 1992, le décret 95-540 du 4 mai 1995, permet qu'une seule autorisation, prise par arrêté interministériel couvre les prélèvements d'eau ainsi que l'ensemble des rejets d'effluents radioactifs et non radioactifs. Ce décret visait initialement les nouvelles installations nucléaires; son application a cependant été élargie aux installations existantes dont les arrêtés préfectoraux arrivent à échéance.
La réglementation, sans changer sur le fond, a été profondément remaniée à partir de 2006, par la loi TSN (transparence et sûreté du nucléaire) du 13 juin pour introduire les dispositions dans le code de l’environnement en prenant en compte, dans une approche intégrée, tous les risques et perturbations générés par la présence et l’exploitation des installations nucléaires.
Le décret dit des procédures INB, du 2 novembre 2007 détaille le cadre dans lequel les procédures se déroulent depuis l’autorisation jusqu’au démantèlement. Ces textes fondateurs ont été complétés en 2012 par l’arrêté INB du 7 février, qui détaille les règles générales applicables et la décision ASN DC-360  du 16 juillet 2013 explicitant les contrôles à effectuer en matière d’impact sur la santé et l’environnement.
À ce jour, en cohérence avec ces textes, les arrêtés interministériels ont renouvelé les autorisations de prélèvements d'eau et de rejets d'effluents d'un certain nombre de centrales nucléaires et d’usines du cycle du combustible.
Par rapport aux prescriptions précédentes ils apportent une évolution sur trois points :

  • Ils réglementent l'ensemble des rejets d'effluents liquides ou gazeux radioactifs ou non ainsi que les prélèvements d'eau.
  • Les valeurs limites autorisées ont été très sensiblement baissées. C'est l'approche « meilleure technique disponible».
  • Les rejets des substances chimiques classiques présentes dans les effluents radioactifs ont été plus complètement réglementés.

3. Les principaux radioéléments rejetés

En pratique, compte tenu des techniques disponibles, les installations nucléaires rejettent en quantités significatives quatre éléments radioactifs: le krypton 85, le tritium, l’iode 129 et le carbone 14. Tous les autres radioéléments rejetés n’ont qu’une incidence marginale par rapport à eux.

Le krypton 85 est un gaz rare émetteur bêta gamma de 10,7 ans de période3 . C'est un produit de fission qui est retenu dans l'élément combustible et est libéré sous forme gazeuse à l’occasion du retraitement.
Etant un gaz rare, le krypton est inerte et n’entre pratiquement jamais dans des combinaisons chimiques avec d'autres éléments. Il est donc très difficile à piéger, mais, bien qu’il soit irradiant, il n'interfère pas avec les tissus vivants (végétaux, animaux, corps humain). Il peut donc être déchargé de façon contrôlée dans l'atmosphère. 

Le carbone 14 est un émetteur bêta d'une période de 5730 ans4 . Il est formé en réacteur par réactions de neutrons sur l'azote et l’oxygène contenus dans les combustibles et dans certains circuits à l’état de combinaisons chimiques (oxydes, nitrates, nitrures.)
Contrairement au krypton, le carbone 14 peut aisément entrer dans des combinaisons en particulier avec les matières organiques, les conditions de son rejet doivent donc être très précisément contrôlées et limitées. Certaines installations retiennent une partie du carbone 14 sous forme de carbonate, mais il n’existe pas de mode de conditionnement qualifié pour le stockage. Dans les conditions d’environnement de La Hague, l’impact d’un Bq de carbone 14 est moins élevé si on le rejette en mer que si on le rejette dans l’atmosphère. On aura donc tendance à favoriser le rejet en mer.

Le tritium est un isotope radioactif de l'hydrogène, émetteur bêta de très faible énergie (sans gamma associé) d’une période de 12,3 ans5 . On le retrouve dans les effluents sous forme d’eau tritiée (T-O-H) et de gaz (T-H). Le tritium est très mobile et difficile à confiner sur le long terme et sa dilution relativement élevée dans les sous-produits rend son piégeage très difficile. Son impact dans la voie marine étant extrêmement faible et beaucoup plus faible que celui du rejet atmosphérique, son rejet en mer où les dilutions physiques et isotopiques se combinent est la voie préférée.

L’iode 129 est un produit de fission très soluble et mobile, très difficile à confiner sur le long terme qu’impose sa période de plus de 15 millions d’années, mais dont l’énergie de rayonnement est très faible. Il n’existe pas de procédé qualifié de conditionnement et de stockage. Le rejet en mer, par la dilution immédiate considérable qu’il entraine avec l’iode stable contenu naturellement dans l’eau de mer, apparait préférable au stockage géologique sous forme de déchet solide, qui entrainerait à long terme un risque non nul, si faible soit-il, de retour à l’homme par les eaux souterraines d’une nappe phréatique qui interviendrait alors sans le bénéfice pour l’impact de la dilution isotopique par l’iode stable de l’eau de mer.

 

Les autres éléments ont la particularité de se trouver en grandes quantités sous une forme inactive (isotopes) dans l’environnement. Leur rejet s’accompagne donc, en plus d’une dilution physique, d’une dilution isotopique (c'est-à-dire que si la dilution isotopique est de un pour mille, l’impact de l’absorption d’une unité de l’élément n’aura pour impact que le millième de celui de l’absorption d’une unité de l’isotope radioactif).

 

4. Les rejets radioactifs des centrales REP

 Les effluents des centrales sont collectés, triés, traités suivant différents procédés qui permettent d’en recycler la majeure partie et de n’en rejeter qu'une très faible proportion, en conformité avec les prescriptions réglementaires.
À titre d'exemple, l'activité moyenne liquide rejetée par réacteur (hors tritium et carbone 14) est de 1 GBq par an, à comparer aux 3000 GBq des déchets de basse activité envoyée annuellement au centre de stockage de déchets FA/MA (Faible et Moyenne Activité) de l’Aube. Ainsi, chaque fois qu'il est possible, l'activité véhiculée par les circuits d'eau des centrales est concentrée dans les déchets solides (par exemple des résines échangeuses d’ions pour le traitement des eaux de la centrale).
Entre 1985 et 2000, des améliorations constantes ont été apportées pour diminuer les rejets des centrales par le traitement à la source, le développement de procédés d'exploitation spécifiques et l’amélioration des installations en fonction de l'expérience acquise. Ces actions ont permis de diminuer les activités rejetées d'un facteur 180 pour les tranches 1300 MW et 100 pour les tranches 900 MW.

 

Rejets moyens par réacteur en 2003

REJETS LIQUIDES

900 MW

1300 MW

Iodes (GBq/an)

0,009

0,008

Carbone-14 (GBq/an)

10,6

16,2

Tritium (TBq/an)

10,2

24,1

Autres radioéléments (GBq/an)

0,5

0,6

REJETS GAZEUX

900 MW

1300 MW

Gaz rares (TBq/an)

0,9

2,2

Carbone 14 (TBq/an)

0,14

0,22

Tritium (TBq/an)

0,22

1,18

Iodes (GBq/an)

0,024

0,04

Autres (GBq/an)

0 ,003

0,004

 

Les limites de rejet ont été fortement réduites pour les sites dont les décrets d’autorisation ont été renouvelés à la suite des modifications réglementaires (voir paragraphe correspondant) : par exemple en ce qui concerne les rejets liquides, les limites pour les radioéléments hors iode, carbone 14 et tritium sont passées de 375 à 15 GBq/an pour les 900 MW et de 550 à 12,5 GBq/an pour les 1300 MW. Ces réductions ont été imposées par les Autorités non en raison de la dangerosité des précédentes limites mais parce que les principes de détermination des limites avaient changé.
L’impact radiologique sur les populations les plus exposées vivant autour d’une centrale est inférieur à 0,01 mSv/an, à comparer à un niveau moyen d’irradiation naturelle en France de 2,4 mSv/an.

 

5. Les rejets radioactifs de l'usine de retraitement de la Hague

5.1. Les effluents gazeux radioactifs

 Les effluents gazeux proviennent des appareils de procédé et accessoirement de la ventilation des ateliers. C'est principalement au niveau du cisaillage et de la dissolution que sont récupérés les produits de fission gazeux, radioactifs ou non, contenus dans les éléments combustibles usés. On y trouvera donc tout le krypton 85 et une partie du tritium, carbone 14 et iode 129 (le restant de ces trois radioéléments étant rejeté avec les efluents liquides) (Voir § 4.2).


Ces effluents gazeux subissent divers traitements successifs d'épuration en fonction de la nature physico-chimique des éléments :

  • La majeure partie du tritium est volontairement piégée sous forme d'eau tritiée dont nous verrons les conditions de rejet. Seule une très faible fraction du tritium est évacuée sous forme de vapeur d’eau tritiée.
  • Le carbone 14 est absorbé en partie par des solutions sodiques qui sont ensuite diluées dans les eaux tritiées, une partie de ce carbone 14 est rejetée sous forme de dioxyde de carbone (CO2).
  • L' iode 129 est absorbée à plus de 96 % par des solutions sodiques qui sont également diluées dans les eaux tritiées.
    L'essentiel de la partie résiduelle gazeuse est ensuite absorbé dans des filtres à iode composés de zéolithe et de nitrate d’argent.
    Les aérosols sont stoppés par des filtres à très haute efficacité, chaque filtre ayant une efficacité de 99,9 % (généralement il y en a trois en série). Les faibles rejets résiduels sont constitués essentiellement de ruthénium.
  • Le krypton 85 dont l'impact radiologique est très faible ne subit aucun traitement particulier.

 

La majeure partie des effluents radioactifs gazeux est rejetée par des cheminées d'une hauteur de 100 m de manière à favoriser la dispersion atmosphérique et donc d'en réduire l'impact. Le débit et la radioactivité des rejets sont contrôlés en permanence par des mesures automatiques en continu et par des mesures différées effectuées en laboratoire sur des prélèvements continus. Ces mesures sont effectuées indépendamment par l’exploitant et par les Autorités de Sûreté.

 

En plus des mesures effectuées à l'usine la radioactivité de l'air est mesurée en continue dans cinq commune proches du site.

 

En 2017, les rejets gazeux ont été les suivants (sur la base de 983 tonnes de combustibles usés traités à taux de combustion moyen d'environ 43000 MW.j/t) :

 

Rejets gazeux de l'Établissement de La Hague en 2017

REJETS GAZEUX

Activité rejetée

% de l'autorisation *

Tritium (TBq)

71,6

47,7

Halogènes (GBq)**

5,6

34

Autres émetteurs β et γ (MBq)***

106

10,6

Autres (TBq)****

285000

59,4

* par arrêté du 11 janvier 2016 (décision ASN n° 2015-DC-0536 du 22 décembre 2015)

** Principalement Iode 129
*** Principalement Ru, Rh 106
**** Principalement Krypton-85 et Carbone-14 (14,2 TBq)

 

Le retraitement ayant lieu quelques années après la sortie des combustibles usés du réacteur, il n’y a plus d’isotopes à vie courte de l’iode (I-131, I-132, I-133) ; le seul isotope de l’iode restant est l’I-129, relativement abondant, de période 15,7 millions d’années, dont l’activité est donc très faible

 

5.2. Les effluents liquides radioactifs

Lorsque les nouvelles usines ont été mises en route dans les années 1990, la gestion des effluents liquides était fondée sur leur niveau d'activité. En fonction de celui-ci les effluents liquides produits par les différents ateliers subissaient des traitements chimiques dans les stations de traitement des effluents, afin de les décontaminer et de les neutraliser. La radioactivité émane essentiellement des impuretés présentes dans les effluents, impuretés qu’on peut précipiter au moyen de traitements appropriés et piéger sous forme de déchets solides soumis eux-mêmes à des conditionnements ultérieurs. Les effluents sont ensuite filtrés et contrôlés avant d’être rejetés en mer, dans le cadre des autorisations en vigueur, par une canalisation dont la partie terrestre souterraine a une longueur de 2500 mètres et la partie sous marine une longueur d'environ 5000 m. Les rejets sont effectués dans le « Raz Blanchard », un des plus forts courants d’Europe qui favorise la dispersion marine.
Chaque rejet est réalisé après analyse de prélèvements représentatifs sous le contrôle du service de prévention et de radioprotection de l'établissement. Les volumes et quantités rejetés figurent sur un registre mensuel qui est envoyé à l’ASN.

Les réactions chimiques sont toujours des équilibres (les réactions ne sont jamais complètes), ce qui entrainait le rejet d’un contenu radioactif résiduel impossible à piéger de cette manière. En anticipant les évolutions réglementaires à venir, COGEMA (devenue depuis Orano) a commencé à mettre en place dès 1995 une nouvelle gestion des effluents (NGE) fondée sur la distillation des effluents classés par niveau d’acidité (acides ou basiques). Des évaporateurs spécifiques ont été mis en place dans des cellules gardées en réserve et les circuits réorganisés. Le distillat décontaminé avec un facteur de décontamination beaucoup plus élevé que celui du traitement chimique est recyclé dans le procédé, seul l’excès est rejeté en mer, le concentrat est calciné et incorporé dans des verres sous un volume très faible, permettant ainsi également une réduction sensible du volume de déchets. Seuls les sous-produits qui ne peuvent pas être concentrés dans les évaporateurs subissent les traitements chimiques. Tous les réactifs qui peuvent être réutilisés sont traités et recyclés. Les sous-produits du laboratoire (plusieurs milliers d’échantillons chaque jour) qui allaient devenir la principale source de rejets ont été réduits par l’utilisation de capteurs en ligne qui ne nécessitent pas de prise d’échantillon, des changements de procédé d’analyse ou l’installation d’unités de récupération spécifiques.
Le résultat a été que l’essentiel des rejets est maintenant sous forme de rejets « V » pour « à vérifier » dont l’activité est le plus souvent inférieure au seuil de détection (mais néanmoins comptabilisés de manière pénalisante pour la valeur de ce seuil). Les rejets d’effluents dits « Actifs », par lots aux heures favorables par rapport aux courants marins, qui pouvaient être de plusieurs centaines par an, sont maintenant réduits à environ un par an en moyenne.
Les quantités rejetées en 2017 ont été les suivantes :

 

 

REJETS LIQUIDES

Activité rejetée

% de l'autorisation*

Tritium (TBq)

11 900

64

Autres (TBq)**

4,8

32

Emetteurs alpha (TBq)

0,017

25

Cs137 + Sr 90 (TBq)

0.76

38

* par arrêté du 11 janvier 2016 (décision ASN n° 2015-DC-0536 du 22 décembre 2015)

**dont (en TBq):

RuRh 106 2,0 SrY90 0,28 Uranium 0,0012
Sb125 0,96 Tc99 0,048 Pu238 0,0048
Cs137 0,12 C14 7,33 Pu239+240 0,0013
Co60 0,206 I129 1,28 Am241 0,002

 

La courbe suivante montre les progrès réalisés. Hormis le tritium, dont la quantité rejetée est pratiquement fonction de la quantité de combustible retraitée, les rejets ont fortement diminué depuis le démarrage de l’usine malgré l’augmentation des quantités traitées (courbe grise à lire sur l’échelle de droite). Leur niveau est aujourd’hui de l’ordre du centième de ce qui est autorisé, malgré l’abaissement des limites. Des efforts continus sont néanmoins poursuivis, tant dans les méthodes d’exploitation que dans l’amélioration des procédés, pour continuer à réduire les rejets, notamment de tritium, particulièrement ciblé par OSPAR malgré l’insignifiance de son impact. Mais aucune technique nouvelle ne s’avère disponible pour le moment.
La radioactivité de l'eau de mer est mesurée dans plusieurs sites marins proches de l'usine ainsi que dans plusieurs ruisseaux.

 

undefined

 

 

4.3. L’impact des rejets

Les rejets liquides et gazeux se dispersent dans l’environnement. Le transfert vers l’homme intervient selon deux compartiments de l’écosystème :

  • le milieu marin
  • le milieu atmosphérique et terrestre

Pour le milieu marin, la majorité de l’impact sur l’homme est attribuable à l’ingestion des produits de la mer. Pour le milieu atmosphérique et terrestre, il s’agit de l’ingestion d’aliments (végétaux, lait, viande) contenant des éléments assimilables par le sol et la végétation. Les gaz rares, qui ne sont pas assimilables, sont dispersés sans impact appréciable.

L’environnement marin et terrestre est l’objet d’un grand nombre de contrôles (25 000 échantillons sont analysés chaque année), concernant en particulier les eaux côtières, les algues, les mollusques et poissons pour le milieu marin, les eaux de surface, l’herbe et le lait pour le milieu terrestre.

La réglementation française en vigueur limite à 1 mSv/an pour le public la dose ajoutée par la radioactivité artificielle générée par les installations industrielles. Les autorisations de rejet de La Hague, telles que fixées par les arrêtés ministériels de 1980, 1995 et de l’arrêté du 10 janvier 2003 très sensiblement plus restrictif, conduiraient à une dose individuelle maximale d'environ 0,15 mSv/an pour la catégorie de population la plus exposée. Les résultats effectifs sont largement inférieurs à ces valeurs.
L’Établissement de La Hague s’est fixé comme objectif volontariste d’avoir un impact annuel inférieur  à 0,03 mSv 6  . Cette valeur, qui n’a aucun caractère réglementaire, est considérée par des radioprotectionnistes éminents comme triviale, c'est-à-dire sans conséquences apparentes. Cet objectif est à comparer à l'équivalent de doses reçues pour chaque individu du fait de la radioactivité naturelle en France qui est de 2,4 mSv/an en moyenne (elle varie suivant les zones de 1,5 à 6 mSv/an). Cet objectif est atteint depuis des années.

 

 

Impact dosimétrique sur les groupes de population proches du site

Divers groupes de travail se sont penchés sur l'impact des activités de La Hague :

 

1/ Le groupe radioactif Nord Cotentin (GRNC) Il a été mis en place par les ministères chargés de la santé et de l'environnement (institué par l’arrêté du 10 janvier 2003) afin de calculer les doses dues aux rejets reçues par la population. Il est constitué de représentants de l’exploitant AREVA, de l’IRSN, du CEA, d’experts français et étrangers ainsi que de l’association écologique ACRO.
Le récapitulatif des doses calculées par le GRNC sont les suivantes pour 2006 (le GRNC n’a pas fourni d’estimations depuis cette date) :
1 –Scénarios chroniques:

 

Populations Valeurs des doses
Pêcheurs vivant à Goury 0,0039 mSv
Adultes résident à Digulleville 0,0084 mSv
Pêcheurs dans la zone des Huquets (point de rejet de la canalisation sous marine) 0,013 mSv
Adultes résident à Herqueville 0,0059 mSv
Agriculteurs résident à moins de 1500 m du point de rejet 0,0159 mSv

2- Scénarios particuliers:

 

Populations Valeurs des doses
Pêcheurs vivant à Goury et 100 % d’autoconsommation pour les aliments marins 0,0058 mSv
Adultes résident à Digulleville et 100 % d’autoconsommation pour les aliments marins 0,00121mSv

 

Outre le réexamen des modalités de calcul d’impact dosimétrique qui a permis de définir une méthodologie conservative et reconnue, ce groupe a été chargé par le gouvernement d'estimer le nombre de cas de leucémie théoriquement attribuable aux différentes sources d'exposition aux rayonnements ionisants chez les jeunes de 0 à 24 ans pour le canton de Beaumont Hague sur la période 1978 1996. Les résultats se décomposent de la façon suivante :

 

Installations nucléaires

0,0020 cas

Sources naturelles

0,62 cas

Sources médicales

0,20 cas

Tchernobyl, retombées des essais nucléaires etc..

0,01 cas

TOTAL

0,83 cas

 

Cet important travail, qui a duré environ deux ans, a réuni près de 50 experts français étrangers et associé des représentants d’organisations anti-nucléaires, permet aujourd'hui d'affirmer que le risque de leucémie attribuable à l'exposition aux rejets radioactifs de l'usine a été de l'ordre de 2/1000e de cas pour la période 1978-1996. Depuis 2000 le groupe a repris ses travaux afin de calculer l'incertitude de ces résultats et d'évaluer l'impact des rejets chimiques de l'usine. Vingt trois caractéristiques chimiques sont mesurées (quantités annuelles, concentrations) et comparées aux valeurs autorisées.

Les campagnes de mesures chimiques effectuées par le GRNC à partir des rejets réels montrent une très faible participation "au bruit de fond" d'origine anthropique (activités industrielles ou agricoles, transports routiers... ) et naturels.

 

2/ La Direction Générale de l'Environnement de la Commission Européenne, a fait réaliser une l'étude (MARINA II), rendue publique en 2002, qui fournit des informations sur tous les rejets de radionucléides en mer du Nord quelle que soit leur origine.
L'étude montre que les rejets sont en baisse constante dans la région depuis vingt-cinq ans. Les doses proviennent aujourd'hui très majoritairement des rejets de l'industrie des phosphates et des plates-formes pétrolières et gazières de la mer du Nord. L'origine de la dose collective annuelle dans la zone Atlantique nord-est est la suivante (doses exprimées en hommexSv/an):

 

Origine

Maxi historique

En 2000

Nucléaire

280 (1978)

14

Engrais pétrole gaz

600 (1984)

195

Tchernobyl

22 (1986)

0,5

Essais nucléaires

43 (1964)

7

Naturel d’origine marine

17 000

17 000

Total bruit de fond naturel

844 000

844 000


6. Documentation

 

1 ALARA est l’acronyme de As Low As Reasonably Achievable, qui s’explicite pour l’exposition en « aussi bas que raisonnablement possible compte tenu des facteurs économiques et sociaux. »↑↑↑

2 Des mesures effectives devront être prises dès qu’il y aura des raisons de penser que des substances radioactives introduites dans le milieu marin ou susceptibles de l’atteindre puissent mettre en danger la santé de l’homme, porter atteinte aux ressources vivantes et aux écosystèmes marins, porter préjudice aux valeurs d’agrément ou gêner d’autres utilisations légitimes de la mer, et ce, même s’il n’existe pas de preuve concluante d’un rapport de cause à effet entre les apports et les effets. Ce principe suppose une intervention de l’État quand bien même toutes les preuves scientifiques ne seraient pas réunies.↑↑↑

3 Du krypton 85 se forme naturellement dans la haute atmosphère par action des rayons cosmiques à raison de 0,4 TBq (térabecquerels) par an, de sorte qu’il y en a naturellement environ 1,2 Bq/m3 dans l’air, par équilibre entre sa formation et sa désintégration ↑↑↑.

4 Le carbone 14 se forme naturellement dans la haute atmosphère par réaction neutronique sur l’azote 14 (réaction dite (n,p). Il s’en forme ainsi environ 1000 TBq chaque année et l’inventaire est de 140.000 TBq dans l’atmosphère (équilibre formation désintégration), ce qui permet de l’utiliser pour la datation d’objets contenant du carbone (généralement du bois)....↑↑↑

5 À noter que le tritium existe à l’état naturel. Il résulte de l'interaction des rayons cosmiques avec l'hydrogène dans la haute atmosphère et est donc présent dans l’eau des rivières ainsi que dans l’eau de mer. Le stock naturel de tritium dans la biosphère est d’environ 27 millions de térabecquerels (équilibre formation désintégration); on en trouve en particulier dans l’eau de mer à raison d’environ 100 Bq/m3 La faible nuisance du tritium est due à la faiblesse de l’énergie de ses électrons bêta et à sa courte période biologique. Il faut incorporer plus de 55 millions de Becquerels sous forme eau ou vapeur pour recevoir une dose de 1 mSv.↑↑↑

6 L'’impact se calcule en cumulant toutes les voies d’atteinte sur un individu d’un « Groupe de référence », groupe de population qui, par son type d’habitat, son mode de vie et son lieu de résidence, est censé représenter le groupe le plus exposé aux effets des rejets liquides et gazeux ; pour La Hague, il y a en fait deux groupes de référence, l’un constitué de pêcheurs proches du point de rejet et l’autre constitué d’agriculteurs sous le vent dominant des cheminées de rejet.↑↑↑